lundi 21 janvier 2013

L'ancien Simon Legouge d'avant guerre

Eléments sur la résistance en brienonnais (après récit Ginette)

Simon Legouge, a été arrêté le 22 septembre 1943 à la sucrerie de Brienon, le même jour que Maurice Mulot de Chailley et les 3 frères Horteur du Mont-Saint-Sulpice.

Conduit à Auxerre, puis au « Cherche-Midi », il est classé prisonnier NN ; il sera transféré au camp de concentration de Natzweiler (Natzwiller) en Alsace (au Struthof), le 9 mars 1944 ; déporté enfin à Dachau, il sera libéré le 29 avril 1945 et rentrera en France le 16 mai. Des souffrances et tortures subies, il en sera peu parlé !

Le documentaire du cinéaste Alain Resnais en 1956 informait des conditions de
détention des prisonniers NN; d’autres films ont suivi beaucoup plus tard. Dans l’Yonne Robert Bailly a été le premier à avoir écrit sur la résistance dans l’Yonne ; ensuite le travail de recherche de l’ARORY regroupera une quantité importante de souvenirs et de photos ; Joël Drogland a recueilli les souvenirs de Ginette Legouge après la mort de son père.

Sur le site « Fondation pour la mémoire de la déportation » un tableau retrace le parcours des 44 personnes parties de Paris le 9 mars 44. Les noms de plusieurs personnes nées dans l’Yonne s’y trouvent. Le tableau indique :
    •    le numéro de matricule à Natzweiler/Nom Prénom/sexe/date de naissance/lieu/ parcours après le KL de Natzweiler/situation/date de libération ou mort et lieu/observations
soit pour Simon Legouge
7857 / LEGOUGE Simon/ M / 23.02.1904 / Villiers-sur-Tholon (89)F Brg, Br,GR(Kaz), Da / R / 29.04.1945 / Dachau / NN

Robert Horteur et Maurice Mulot suivent le même parcours que Simon Legouge : Briegen (Brg), Breslau (Br), Gross-Rosen (GR) (Kommando Kazen sauf pour Mulot), Dachau ; ils seront libérés le même jour.
Sur les 44 hommes recensés, 24 sont morts.
D’autres Kommandos sont listés sur les documents que Ginette Legouge conserve précieusement : d’après ces papiers, son père a travaillé aussi dans ceux de Koren et Langenbieleau en Hte Silésie.

Sur ce même site, le parcours d’Emile Blondeau, parti de Compiègne le 28 juillet 1944 pour Neuengamme est noté au kommando BV, mais l’élu brienonnais ne sera pas retrouvé parmi les survivants à la libération du camp.

40681 / BLONDEAU Emile /M / 10/01/1884 / Vallery (89)F / BV /D /??

BV étant un Kommando de Neuengamme: Hambourg-Blohm & Voss, regroupant 400 personnes travaillant au déblaiement et chantiers navals.
De ce convoi de 1651 hommes, seulement 545 sont rentrés de déportation.

Les déportés résistants et politiques portaient ce triangle marqué de leur nationalité, sur la gauche de leur veste rayée; au-dessous était cousu leur numéro de matricule. Certains déportés NN ont porté ces 2 lettres au dos, peintes en blanc.

 «44 prisonniers français de Fresnes et du Cherche-Midi sont classés « NN » et déportés au KL Natzweiler le jeudi 9 mars 1944. Emmenés dans un wagon cellulaire accroché au train Paris-Berlin, ils arrivent le jour même à la gare de Strasbourg, où ils doivent attendre qu’un autre train les emmène jusqu’à la gare de Rothau, dernière étape avant l’incarcération au KL Natzweiler, qu’ils rejoignent en camion ou à pied. » à lire sur le site de « La fondation pour la mémoire de la déportation »

« Le camp de Natzweiler Struthof fut le seul camp de concentration situé en France. 

Les Nazis de 1941 à 1944 en firent un véritable enfer. Une baraque de l'ancien camp abrite un musée consacré au KL-Natzweiler. Le site comprend également un mémorial "aux martyrs et héros de la déportation" et une nécropole nationale, ainsi que le Centre européen du résistant déporté qui rend hommage à ceux qui, partout en Europe, ont lutté contre l'oppression. »
Récit à lire sur le site « Massif des Vosges – ancien camp du Struthof ».

Recherches rassemblées par Danièle Mouton

Souvenirs de Ginette Legouge

Vers 10 heures, le 22 septembre 1943, des soldats allemands arrivent à la ferme. Dans la voiture je vois un homme- on me dira plus tard qu’il s’agissait de Mulot de Chailley - ; ils me demandent s’il n’y a pas une voiture à vendre. Je leur dis en la montrant sous une grange, qu’ici on a cette vieille auto. Je ne savais pas qu’elle servait de cachette à des explosifs, que des gars sont venus prendre plus tard ; je ne savais pas que mon père s’occupait de çà. Les allemands sont repartis sans la regarder ! (La chienne pourtant gentille à beaucoup aboyer et les aurait mordus. Ils cherchaient mon père ; je les ai envoyé au Mont-Saint-Sulpice et je me suis dépêchée d’aller le prévenir. Il travaillait à la sucrerie.
je suis passée en vélo par le canal. Les Allemands y arrivaient en même temps que moi du côté de la gare. Je me suis arrêtée ; mon père m’a crié de faire demi-tour, de m’en aller. Le chien m’avait suivi comme il suivra la voiture ; les Allemands le tueront.

Au retour, Sassier qui travaillait au bord du canal, a réparé ma roue et m’a dit de me cacher sous un tas d’herbe. Ils sont revenus 3 fois sur la route et puis ils ne sont plus repassés.
Mon père a été conduit à la prison d’Auxerre. Ma mère a essayé de le voir ; un gardien faisait passer des petits bouts de papier. On a su qu’il était parti pour le « Cherche Midi ».
Mon père faisait de la résistance avec les Mouturat de Bouilly ; c’est eux qui m’ont dit pour les explosifs et qui sont venus les reprendre. Dans leur entreprise ils cachaient des gars du STO qui venaient du Mont, de Migennes aussi ;il y en avait pas mal à la sucrerie.

Ravitaillement à Bouilly


Avec Fernand Lamidé, maçon avec lui, ils avaient pris des « tickets ».
Avec Rolland et Thomas de Migennes, « traver ??
Papa a ramené des parachutes ; j’en ai fait des corsages en soie !

Il allait livrer des armes à Aillant jusqu’à L’Isle-sur-Serein avec son camion. Un jour à Joigny il l’a fait garder par un gendarme (ou militaire ?) « pour qu’on ne lui vole pas son ciment » !
Ils les ont « roulé » en obtenant le nom d’une dame qu’ils ont fait partir avant son arrestation.
Il faut savoir aussi que 2 soldats logeaient chez nous, Robert et Simon ; ils travaillaient à la gare de Pontigny ; ils nous ont rapporté du ravitaillement ; ensuite il y a eu 2 petits jeunes qui écoutaient Londres ; ils avaient hâte que vienne le débarquement !

Dans ceux du 13 mai, je sais que quelques uns aidaient la résistance –mais pas tous-Je sais pour Livernaux, qui un jour transportait des armes dans un panier ; une mitraillette dépassait ! et Valadier, le cafetier, Bourguignon, pour Gibault, je ne sais pas.
Il a fait partie d’un autre groupe à L’Isle sur Serein. .J’ai envoyé Joël Drogland chez Emile Garnier à L’Isle.

Et moi ? Oh, je suis allée porter des papiers cachés dans le guidon du vélo, en forêt de Pontigny, à des gars de passage.

A son retour, papa pesait 35 à 40 kg ; il ne pouvait manger que du lait.
Il avait été battu à Auxerre. Il est rentré avec un testicule en moins. Au camp, il remontait le moral aux autres. André Verchuren qu’il avait connu là-bas, est venu à Migennes. Il est venu aussi pour un bal des déportés ; c’est là que j’ai laissé le préfet dehors, je ne le connaissais pas !
Mon père avait aussi un copain italien et un alsacien ;ils se sont revus.
Il est retourné voir le site du Struthof.
En 1945 il a acheté l’ancienne scierie de Desobèle qui avait brûlé, au 25 route de Joigny, eta monté son entreprise.

Pour son camion emporté à Auxerre il a touché peut être 200 F, de quoi en acheter un autre.
On lui a confié des chantiers publics LTT, lignes téléphoniques à grande distance.
Il a construit en 1954 le silo de Brienon, beaucoup de châteaux d’eau (Germigny, Verlin…) et les HLM, des égouts, l’adduction d’eau de Vaudupuits
Il a eu jusqu’à 90 ouvriers. Je faisais la comptabilité parce qu’il n’était pas allé à l’école longtemps : il était orphelin de père et avait 5 frères ; il a     fallu gagné sa vie de bonne heure.
Mon père est mort en à la maison de retraite de Brienon.

Terminer sur une phrase nommant DVD de Drogland

J’ai raconté tout cela et montré tous les papiers de mon père à Joël pour ses recherches. Ginette Legouge